Piolets d'Or - Ascensions lauréates 2017

Ascensions lauréates 2017

Nyanchen Tanglha (7 046m - Tibet)

Nyanchen Tanglha est un sommet himalayen qui culmine à plus de 7 000 m, situé dans le Tibet central. Une montagne peu parcourue et pour laquelle le permis d'ascension reste encore difficile à obtenir. Sa partie nord n'avait jamais été explorée, ni même observée de loin :
c'est une photographie prise de loin par le japonais Tom Nakamura qui a permis aux alpinistes britanniques Nick Bullock et Paul Ramsden de réaliser la première ascension du
sommet Sud-Est de 7 046 m en grimpant 1600m de Face Nord.
Le duo l’a réalisée en quatre bivouacs, en commençant par des longueurs escarpées et délicates en mixte, jusqu'à une arête impressionnante plus haut. L'escalade, qui a été excellente, leur a rappelé la voie Colton-MacIntyre dans les Grandes Jorasses. Il a commencé à neiger vers 6700m, ce qui a rendu la fin de l'ascension plus dure et avalancheuse.

Convaincus que la meilleure descente serait de suivre la crête sommitale vierge et raide jusqu'à un col, puis de continuer par le nord jusqu'au camp de base, Paul et Nick se sont retrouvés coincés dans un épais nuage qui a finalement compliqué leur navigation. Après un dernier bivouac et plusieurs rappels, une brève éclaircie leur a heureusement permis de préciser un peu mieux leur position et de rejoindre le col. De là, ils se sont rendus compte que l'itinéraire le plus sûr était une redescente en face Sud, ce qui leur a imposé de sortir par une vallée totalement inconnue. L'ascension, dont le sommet a été le premier 7000m des deux alpinistes, s'est avérée très sauvage et technique (ED+).

Thalay Sagar (6 904m - Inde)

L'autre Piolet d'Or 2017 met en avant l'ascension par la face nord du Thalay Sagar, un sommet de 6904m situé en Inde, dans la région de Gangotri, déjà parcouru à plusieurs reprises. Il restait néanmoins encore un itinéraire vierge, à la fois direct et élégant : le North Buttress du Thalay Sagar, qui a été l'occasion pour le trio russe composé de Dmitry Golovchenko, Dmitry Grigoriev et de Sergey Nilov de réaliser une escalade très soutenue.
L'éthique que s'étaient imposés les grimpeurs impliquait de rechercher des endroits appropriés pour bivouaquer plutôt que de s'équiper de portaledges. Après une première escalade en glace de 500-600m, ils se sont heurtés à un passage rocheux raide et recouvert de neige et de glace formée par le vent et les précipitations. Il leur a fallu deux jours pour grimper 200m.

Malgré de belles fissures où ils ont pu poser tantôt des broches, tantôt des coinceurs, les conditions ont considérablement
perturbé leur ascension. Au-dessus, ils se sont attelés à une escalade mixte de 300-400m dans des passages à 70-80°.
La difficulté du Thalay Sagar se trouvent juste sous le sommet, au niveau d'une zone de schiste instable qui protège les pentes sommitales. Les trois Russes ont tenté de la contourner sans succès, et ont finalement été contraints de franchir ce mur à 110°. Ils ont atteint le sommet en neuf jours, avant de redescendre par la voie normale sur la crête ouest, à l'aide de cordes fixes placées là par une récente expédition militaire indienne. L'itinéraire a été baptisé "Moveable Feast" et a donné lieu à 1400m d'escalade dans une difficulté côtée ED2, 5c A3 WI5, M7.

 

Gangapurna (7 455m - Népal)

Bien que l'on puisse la considérer comme la variante d'un itinéraire ouvert en 1981 par des canadiens dans la face sud du Gangapurna (Annapurna Himal), l'ascension des coréens Cho Seok-mun, Kim Chang-ho et Park Joung-yong (1500m en ED+) mérite d'être mise à l'honneur. Leur vitesse d'ascension a été particulièrement remarquable, étant donné que l'approche était très complexe, l’escalade assez technique (à plus de 7 000 m) et qu'il s'agissait de leur première ascension en style alpin à cette altitude.

Le trio de choc s'était acclimaté dans un itinéraire a priori vierge du Gangapurna West (7 140m), dont l'accès a récemment été autorisé et où aucune première n'a semble t'il été tentée. Après trois bivouacs dans la face sud, à l'approche de la crête sommitale, Park, mal acclimaté, à décidé d'arrêter. Les deux autres ont alors continué jusqu'à la crête, mais ont finalement rebroussé chemin à 100m du sommet, avec la conviction que leur réussite n'aurait pas de sens sachant que leur collègue n’était pas en sécurité. Les trois alpinistes ont finalement bivouaqué à 6 000m, avant la zone de difficultés de la face sud du Gangapurna. Après deux nuits passées à 6800m et 7100m, et
9 longueurs raides parcourues en mixte, tous les trois ont atteint le sommet. La descente, en rappels, a duré deux jours.

Torres Traverse (Argentine)

Une autre mention spéciale met à l'honneur une ascension plus sportive : la "Travesia del Torre" réalisée par les américains Colin Haley et Alex Honnold. Mise à part que leur enchaînement n'a pas nécessité d'exploration particulière et qu'il avait déjà été réalisé, sa technicité (1600m d'ascension, 90° 6b + C1) a fortement impressionné la communauté des alpinistes. Réalisé en un jour (alors qu'il en avait fallu quatre à Haley et Rolando Garibotti), l'ascension a débuté du col à l'Est de l'Aiguille Standhardt jusqu'à l'aiguille (2700m), puis a continué par la pointe Herron (2750m) et la Torre Egger (2 850m), avant d'atteindre le sommet du Cerro Torre (3102m).

En janvier 2015, Haley et Honnold avaient déjà tenté d’enchaîner cette traversée, mais avaient dû abandonner au bout de 22 heures à cause du vent (souvent redoutable en Patagonie), à deux longueurs à peine du sommet du Cerro Torre.

Le 31 janvier 2016, après avoir franchi le col de la Standhardt Col vers 3h du matin, ils ont principalement grimpé à corde tendue pour arriver au sommet de la Torre Egger au bout de 9 heures et 28 minutes. Les lignes de la face nord du Cerro Torre étaient assez humides et c'est trempés que les deux grimpeurs ont réalisé la voie Ragni, jusqu’au sommet du Cerro Torre. Ils y sont arrivés à minuit, 20 heures et 40 minutes après être partis du Col Standhardt. Haley et Honnold sont descendus en rappel par la crête Sud-Est de nuit dans un mélange « de relais, de soif et de frissons", avant de regagner El Chalten, après 45 heures sans dormir.

 

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