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Première ascension du Jannu Est, dans le massif du Kangchenjunga, par la voie « Le Sommet des Pieux » (2 300 m, M6 WI5) sur la face nord et l'arête est, du 12 au 15 octobre. Les alpinistes ont descendu la voie en rappel et en désescalade pour rejoindre le pied de la montagne le 16.
Le Jannu Est, plus haut sommet récompensé par un Piolet d'Or cette année, est relié au sommet principal du Jannu (7 710 m) par une arête étroite de deux kilomètres. Le Jannu Est ne présente qu'une faible proéminence au-dessus du col qui le relie au sommet principal, mais il constitue depuis des décennies un objectif très convoité. Jusqu'à très récemment, la plupart des tentatives s'étaient concentrées sur la face est, où la première incursion, remontant à 1991, avait à peine dépassé les 7 000 m. En 2022, des Américains ont été les premiers à mener une véritable tentative sur une voie directe ambitieuse remontant la face nord, raide et technique, et ils sont revenus pour de nouvelles tentatives en 2023 et 2024. En 2024, les alpinistes français Léo Billon, Nicolas Jean et Benjamin Védrines ont également tenté la face nord, mais en empruntant une ligne plus à gauche qui devait rejoindre l’arête est. Ils sont redescendus à 6 700 m.
En 2025, Jean et Védrines sont revenus et, début septembre, ont établi un camp de base à 4 700 m dans la vallée située au pied de la face nord. De là, ils se sont acclimatés en gravissant un sommet secondaire de la Merra, à 6 000 m, et en réalisant en une journée la première ascension de l’Anidesh Chuli (6 808 m), un sommet voisin qui avait également repoussé des expéditions précédentes. Leur ascension de l’arête nord (1 140 m, TD) leur a pris plus de sept heures.
Le duo avait prévu un itinéraire sur le Jannu qui mettrait à profit leur capacité avérée à grimper léger et rapide. Le 12 octobre, ils ont campé à 5 100 m sur le glacier au pied de la face et ont équipé la première longueur. Le lendemain, ils ont gravi 1 100 m à travers des névés suspendus, de la neige raide, de la glace cotée WI5 et une longueur mixte délicate en M6. Une grande partie du terrain était difficile à protéger. Depuis un bivouac à 6 200 m, ils ont obliqué vers la gauche pour rejoindre l’arête est à 6 900 m, où ils ont passé la nuit. Le lendemain, une escalade précaire le long de l’arête étroite et fortement cornichée au-dessus d’eux les a menés au sommet. La descente par leur voie, qui s’est étalée sur un jour et demi, a nécessité environ 50 rappels et des passages en désescalade.
Le Jannu Est est une haute montagne chargée d'histoire, dont la face nord est uniformément raide et offre peu de possibilités d'assurage sûr. Les membres du jury ont estimé que cette ascension avait été réalisée dans un style alpin parfait, exigeant un haut niveau de compétence technique pour être menée à bien. Il s'agit d'un excellent exemple des performances sportives dont font preuve les alpinistes professionnels d'aujourd'hui, réalisées dans un lieu isolé et exigeant.


